Raconte Du Major J. E. Peltier, F Coy, 2n SS Bn. RCRI, Guerre d’Afrique du Sud., 1899-1900.

2e (Spécial Service) Bataillon Royal Canadien Régiment l’infanterie.

(DU 65e BATAILLON)…Le, capitaine J.-E. Peltier, de la compagnie F, du deuxième régiment Royal canadien, est une figure bien connue. C’est un des braves qui ont maintenu, haut et ferme, la vaillante renommée du 65e Bataillon, dont s’honore la ville de Montréal. Voici quelques extraits de lettres qu’il a écrites à sa famille et à ses amis:

Camp de Belmont, 11 Décembre 1899. — J’en voulais, de la guerre. Eh bien! j’en ai à mon goût. Nous sommes arrivés le 30 novembre à midi, et depuis ce jour, nous voyageons en chemin de fer, nous campons ici et là. Ceux qui aiment la poussière, la chaleur, etc., peuvent être heureux ici. Mais jamais de ma vie je n’ai vu tel pays; ils n’y a pas d’arbres, pas d’herbe, pas de verdure, mais des montagnes, toujours des montagnes à perte de vue, et des plaines qui ressemblent à de vrais déserts. Ci et là, on voit des autruches perdues au milieu des rochers. En passant, ça a l’air royalement bête ces oiseaux-là, avec leur col allongé, leurs grandes pattes !

Le Major J. E. Peltier, F Coy, du 2n SS RCRI, Guerre d’Afrique du Sud., 1899-1900.

Nous apprenons qu’une grande bataille se livre à l’heure actuelle, à quelques milles d’ici, à Modder River, et nous sommes loin d’être sûrs du succès de nos armes. Les Boers sont fortifiés d’une façon étonnante, sur les kopjes qui sont de vrais Gibraltars. On m’annonce que la brigade écossaise s’est fait écraser et que le général qui la commandait a été tué. Le bataillon connu sous le nom de Black Watch, et qui s’appelle le 42e Ecossais, est presque complètement anéanti. Il ne reste qu’une douzaine d’officiers. D’autres bataillons ont subi le même sort. Comme tu le vois, nous avons affaire à une forte armée fermement retranchée. Je ne te dis qu’une chose, nous serions bien chanceux de retourner vivants au pays.

Ce matin, vers trois heures, nous avons eu une alerte. Il faisait noir. Cinq minutes après l’alerte, nous étions sous les armes. Il faisait froid : nous avions même les doigts engourdis. Nos hommes prennent cependant très bien les choses; ils sont bien disposés à vendre chèrement leur vie. Quant à moi, je suis bien décidé à faire mon devoir, arrive que pourra. L’honneur du Canada, j’aime à le croire, ne sera pas terni par ses fils en ce moment sur le sol de l’Afrique. Cette après-midi nous avons capturé cinq Boers dans la montagne. Nous espérons retirer d’eux des informations utiles. Nous sommes soumis à un régime très sévère. Le réveil sonne à trois heures a.m. C’est dur en grand, comme on dit chez nous, mais cela est nécessaire, car nous nous attendons à une attaque d’un moment à l’autre. Si nos succès ne sont pas meilleurs d’ici à une couple de semaines, nous serons alors entourés d’ennemis, et il est bien probable que nous aurons nos pertes comme les autres. Nous nous attendons à ce résultat, sans trembler. Nous vaincrons ou nous tomberons en braves.

Belmont a été le théâtre d’un rude combat, il y a un mois environ. Sous les kopjes, nous trouvons nombre de chevaux morts, etc. Nous montons la garde au milieu de ces dépouilles en décomposition. Ce n’est pas très sain, je ne te dis que cela. Ce matin, encore, j’ai trouvé le cadavre d’un Boer sur le bord d’un rocher; je l’ai fait couvrir de pierres et de cailloux. C’est le seul moyen que nous avons ici sur les montagnes, d’enterrer les morts. Il y en a beaucoup d’inhumés de cette façon; on trouve des bras, des jambes, des têtes, etc.; ce n’est pas joli; les peureux et les nerveux en ont tout leur raide. Il y a des soldats de nos amis qui ouvrent les yeux. Ce spectacle les étonne et les attriste; ils ne pensaient pas assurément voir de leurs yeux des champs de bataille couverts de cadavres. C’est ia guerre avec toutes ses horreurs.

Je profite de cette lettre pour souhaiter un Merry Christtnas et une bonne année à tout le Canada. Nous allons trouver cela curieux de passer le jour de Noël en pleine chaleur. Ton ami, J.-E. PELTIER.

 

 

Modder River, 24 février 1900. Train d’ambulance. — Ne vous alarmez pas; je ne suis pas blessé du tout. Mais j’ai eu la malchance d’attraper un coup de soleil. Cela ne m’a pas empêché de prendre part à la grande bataille de dimanche, le 18 courant, à un endroit appelé Paardeberg Drift, sur la Modder. Je vais d’abord vous donner tous les détails de notre campagne depuis notre départ de Belmont. Dimanche, le 11: Partis de cette station à sept heures p. m., nous sommes arrivés à Gras Pan à huit heures et demie et nous avons couché à la belle étoile. Comme tous les soirs depuis notre départ, le réveil a sonné à trois heures du matin, et à quatre heures nous étions en marche pour Ramsdam, situé à quinze milles plus loin. Cette marche n’a pas été pénible par l’espace à franchir, mais il faisait une chaleur si atroce! Pas un air, pas un souffle de vent pour nous rafraîchir I C’était terrible. Nous sommes arrivés à destination à deux heures et demie de l’après-midi; j’étais exténué, rendu. C’est là que j’ai été touché par le soleil brûlant Je suis tombé comme un caillou et je suis resté assez mal jusqu’au soir. Cela ne m’a pas empêché de continuer notre marche, à quatre heures lendemain matin. Il nous fallait faire encore quinze mi’ies pour atteindre Riet River. A trois heures de l’après-midi nous nous sommes reposés jusqu’à quatre heures du matin suivant.

 A cet endroit, il m’a fallu laisser un de mes caporaux, le jeune d’Orsonnens, fils du colonel de ce nom. Il avait les pieds ensanglantés et ne pouvait plus marcher. Ce pauvre garçon aurait mieux fait de continuer son chemin, car deux heures après notre départ, il a été fait prisonnier avec le reste du personnel d’hôpital; une partie du convoi fut aussi capturée. Je n’en ai pas entendu parler depuis ; je ne sais pas ce qu’il est devenu. Enfin, nous avons continué n^tre marche sur Jacobs-dale, que nous avons pris après un engagement de deux heures, sans avoir perdu plus de cinq ou six hommes. Personne des nôtres n’est tombé. Il était cinq heures quand nous sommes entrés dans cette espèce de village. Nous en repartîmes le soir, à neuf heures et demie, pour une autre marche forcée, afin de couper la retraite au général Cronje, qui avait laissé au plus coupant sa fameuse, trop fameuse place retranchée de Magersfontein, y abandonnant presque tous ses bagages. La marche a duré-toute la nuit. Ma compagnie formait l’avant-garde ou autrement ouvrait la marche de la colonne. Nous sommes arrivés à Klipt Drift juste huit heures trop tard pour lui couper la retraite.

En arrivant, je fus envoyé aux avant-postes; j’y suis resté jusqu’à quatre heures. A cinq heures et quart, nous sommes partis pour la nuit; c’était le samedi soir. Nous avons marché toute la nuit et nous sommes arrivés à Paardeberg Drift à cinq heures et demie, salués par les canons boers qui tiraient sur nous pendant que nous prenions notre position. Nous avions parcouru trente-trois milles pendant notre nuit. Il semblait que nous avions droit à une couple d’heures de repos, très bien mérité, mais à l’instant l’ordre fut donné de distribuer une bonne ration de rhum, et en avant, au feu! Cela s’est fait dans le temps de le dire. Nous voici encore en marche, cette fois bien sur l’ennemi, car nous entendions son feu très nourri et dirigé sur nos troupes déjà engagées.

Guerre d’Afrique du Sud., 1899-1900. Aspect du Champ-de-Mars lors de la grande parade du 29 Octobre 1899.

Pour nous rendre à notre position, il nous a fallu traverser la rivière Modder à pied, malgré le courant qui atteint une vitesse de neuf milles à l’heure. Vous comprenez si nous en avons arraché; de l’eau jusqu’au cou, et même par-dessus la tête pour plusieurs ; mais cela n’était que le commencement. A peine étions-nous sortis de l’eau et avions-nous escaladé la côte, que nous voilà sous les balles de l’ennemi. Ça pleuvait dru, je vous le dis; il fallait voir cela. A cent verges plus loin, vers sept heures, le premier Canadien a été frappé à l’épaule ; la bataille a continué jusqu’à neuf heures du soir. Je n’ai pas pu diriger ma compagnie durant toute la journée, le soleil étant trop fort pour moi. Cependant, je suis resté sur le champ de bataille tout le temps. J’ai eu une 6ére chance, car vers cinq heures, les balles tombaient comme de la greie. J’ai reçu une balle à travers mon helmet, à un pouce de la tête et une autre a emporté une partie du renfort de ma chaussure du pied droit.

Franchement, c’est peu gai un champ de bataille! — un vrai champ de bataille — pas comme ceux qu’on nous montre sur les images On voyait les Canadiens tomber, les balles sifflaient de chaque côté de la tête, soulevaient le sable. Le sifflement des balles devient désagréable à la longue. Puis rester toute une journée couché sur le ventre, sans bouger, cela devient fatigant, vous pouvez le croire ; au moindre mouvement que nous faisions, nous recevions de tous les côtés une vraie grêle de balles. J’en connais quelque chose, car je me suis promené d’un bout à l’autre de la compagnie, pour le seul plaisir de voir. A ce moment-là on nous saluait libéralement d’une couple de salves…J’ai eu onze blessés dans ma compagnie; heureusement que personne n’a été tué…C’est affreux à entendre le bruit des canons et de la fusillade, les différents sons de ces coups de feu! Et puis l’effet produit sur l’ennemi!

La bataille a cessé vers neuf heures dimanche, pour recommencer le lundi matin vers cinq heures. On nous a laissés nous reposer jusqu’à cinq heures du soir. Alors il a fallu aller aider aux camarades aux prises avec les Boers. Nous sommes restés toute la nuit à protéger une batterie qui a tiré tout ce temps sur les Boers. J’étais fier de voir avec quelle habileté nos soldats lançaient les obus au beau milieu de l’ennemi. Mais en même temps, je pensais que celte canonnade devait causer la dévastation et la mort. Nos soldats ont lancé deux cents bombes dans le laager des Boers, qui contient, dit-on, un grand nombre de femmes. Il paraît que Mme Cronje est avec son mari. A présent, ils ne peuvent que se rendre ou mourir, car ils sont cernés. C’est bon pour eux, n’est-ce pas? Tout de même, je vous dis que ce n’est pas beau la guerre pour tout de bon; je vous en dirai davantage dans ma prochaine lettre…Votre fils affectueux, J.-E. PELTIER.

 

Spañard

 

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