Raconte Du Major T.-L. Boulanger, (lst Q. F. B C. A.), Guerre d’Afrique du Sud., 1900.

Second Contingent, Attached for Special Duties…(lst Quebec Field Battery, C.A.) Major T.L. Boulanger.

 

Pretoria, Transvaal, 5 Mai, 1900. A MM. L.-J. Demers & Frère. — Depuis la prise de possession de Johannesburg, notre marche vers Pretoria a été forcée, si l’on prend en considération le manque de nourriture, pour hommes et chevaux, ainsi que le manque d’eau. Quand nous fûmes arrivés à six milles de Sprout, nous apprîmes que nous aurions de l’opposition, mais nous ne savions sur quel point. Notre division d’artillerie fut immédiatement mise en batterie pour bombarder les crêtes qui entourent Pretoria; nous sommes restés en action jusqu’à quatre heures de l’après-midi, sous une pluie de balles Mauser. Je vous avoue que cela devenait très incommodant; le pire c’est que nous ne pouvions découvrir d’où venaient ces projectiles, quand un soldat d’infanterie vint nous dire qu’il avait vu remuer quelque chose sur notre flanc droit; nous retournâmes immédiatement deux pièces sur cet endroit, et après avoir lancé dix ou douze obus, le feu a cessé; un bataillon d’infanterie fut envoyé pour occuper ces hauteurs, cela a terminé les opérations de la journée. Nos pertes sont insignificants, trios ou quatre blessés.

Mon cheval a reçu une balle qui lui a traversé une jambe et est allé s’aplatir sur l’os de l’autre. Je ne sais si je pourrai m’en servir. Je me suis rendu, ce soir-là, au bivouac à pied. Le lendemain, lord Roberts avait été informé que la ville se rendait, de sorte que tout notre corps d’armée était en Review Order pour recevoir le général Botha. Mais, il appert qu’on avait eu une assemblée très orageuse, la veille au soir et on en serait venu à la conclusion de retraiter. Vers les dix heures du matin, un messager est venu nous informer que le général Botha était parti et que la ville était libre. Ordre fut donnée à la 15e division de prendre possession de la ville. Notre brigade d’artillerie s’en fut bivouaquer près des casernes de l’artillerie transvaalienne.

A propos de ces casernes, il ne s’en trouve pas de plus belles, de plus spacieuses au monde ; elles peuvent contenir au delà de mille chevaux et plus de trois mille hommes. Tout est moderne, arsenaux, hôpital, bains, abreuvoir, le tout éclairé à l’électricité. Tous nos officiers en ont été étonnés. Dans un des magasins, nous avons découvert près de trois mille fusils de tout modèle, que les troupes transvaaliennes avaient capturé sur leurs ennemis à différentes époques. Tous les officiers sont logés aux places occupées par les officiers transvaaliens: un rang de jolis petits cottages tout neufs avec jardins encore tout en fleurs.

Pretoria est une jolie ville située entre un cercle complet de montagnes; on y accède par un col formé par la rivière Aapies, qui se jette dans la rivière Crocodile. Les rues sont larges et droites. Les bâtisses publiques sont très jolies. Les résidences sont somptueuses, toutes entourées d’arbres et de fleurs. Le jardin des plantes est de toute beauté, malgré que nous soyons en hiver. Les hôpitaux sont spacieux et des mieux outillés. L’école publique est un immense bâtiment avec toutes les améliorations modernes. Les religieuses de l’ordre de Lorette ont la plus grande école de la ville, elles possèdent un des plus beaux terrains. J’ai fait la connaissance du révérend Père Beaudry, O. M. I., qui agit comme chapelain des religieuses et curé; c’est un charmant homme. Il a fait la campagne du Zuberland, il était à Majuba Hill en 1881, et à la bataille de Colenso et Spion Kop, il est Français et connaît très bien le pays.

Major T.-L. Boulanger, Guerre d’Afrique du Sud, 1900.

Nous ne savons pas combien de temps nous resterons ici; nous sommes immobilisés à cause de nos chevaux qui n’en peuvent plus.

19 Mai. — A M. Edmond Bélanger, marchand de la rue Notre-Dame…Nous ne savons guère quand la guerre finira. Nous ne pouvons avancer bien vite en besogne, car les Boers ont fait sauter tous les ponts et détruit le chemin de fer. Comme il nous est impossible de nous procurer de provisions dans le pays, il nous faut rebâtir à tout prix avant d’avancer.

Nous sommes dans un bien drôle de pays: des plaines sans herbes et des rivières sans eau. On reproche aux Boers d’être arriérés. Il n’y a rien de surprenant à cela. Ils sont isolés dans l’intérieur, ayant pour tout moyen de communication avec le littoral un minuscule chemin de fer insuffisant au trafic et dqnt les taux sont exorbitants, inabordables. J ‘ ai visité plusieurs fermes boers; elles sont admirablement bien tenues et mesurent de deux mille à quinze mille acres carrés. Les Boers élèvent des troupeaux considérables. Ils ont les plus beaux moutons du monde.

Nous arrivons à la région des mines, de ces célèbres mines qui ont tant fait parler d’elles. J’ai hâte de constater de visu si ce que j’en ai lu était exagéré ou non. Je jouis toujours d’une excellente santé, mais je l’ai échappé belle à la bataille de Brantford. Un obus boer a passé si près de moi que j’ai entendu son sinistre sifflement. Il nous a démonté une pièce, tué un homme et blessé quatre autres. C’était mon troisième engagement…

Pretoria Club, Pretoria, 4 Juillet 1900. —  A M. Carrier, rédacteur de L’Événement…Vous avez dû apprendre aussi que lord Roberts n’est pas loquace. Il a tellement surveillé les nouvelles que le général Tucker, le commandant de notre brigade, ignorait même où nous allions la veille d’une marche. Les quelques correspondants accrédités n’ont rien eu à communiquer à leurs journaux respectifs, excepté ce qu’ils voyaient pendant la marche. Vous avez dû remarquer que, depuis notre départ de Kroonstad, c’a été une marche forcée continuelle. Quand nous sommes arrivés en vue de Pretoria, nos chevaux se tenaient à peine. Notre division n’a fait que passer à Johannesburg. Cette ville ne m’a pas impressionné beaucoup. C’est peut-être parce que j’étais fatigué. En retournant au Canada, je me propose d’y arrêter. Je ne vous parlerai pas de la chaleur du jour et du froid de la nuit, ni des privations qu’il a fallu endurer. Ce que je veux vous dire, c’est qu’il était temps que nous arrivions à Pretoria.

 

Vous allez me demander comment il se fait que nous y soyons arrivés si vite? Cela est dû à ce que lord Roberts a profité des-chicanes des Boers, pour pousser l’ennemi l’épée dans les reins. Ils avaient à retraiter aussi vite que nous avancions. Conséquemment ils n’avaient pas le temps de s’assembler, de discuter et de se demander mutuellement s’il était opportun de défendre telle ou telle position. Maintenant un mot des célèbres défenses de Johannesburg et de Pretoria:

D’abord Johannesburg n’avait aucun travail de défense. Quant à Pretoria, ses défenses se résumaient à quatre petits forts sur le sommet des montagnes qui entourent la ville, vous comprenez que si les Boers avaient fait mine de défendre leur capitale, il nous eût été facile de bombarder ces forts, puisqu’ils étaient faciles à isoler ; ils nous apparaissaient entre le ciel et le sommet des montagnes. Une chose que les Boers avaient oubliée en bâtissant ces forts, c’est celle-ci: S’ils avaient défendu Pretoria, nous forçant à faire le siège de cette ville, nous aurions d’abord bombardé les forts, et tous les projectiles qui auraient manqué leur but, c’est-à-dire tous les obus tirés trop haut, seraient tombés dans la ville où ils auraient causé des dommages considérables. Lorsqu’ils se sont aperçu de cela, ils ont préféré se retirer dans les montagnes, au nord de Pretoria. Vous voyez qu’une principale partie de leurs défenses se trouve inutile. Cependant elles ont dû coûter des sommes fabuleuses.

Les Boers ici sont complètement indifférents et ils ont profité des premiers jours de notre arrivée pour déposer les armes. Il y a une chose que tous les étrangers ignorent. C’est que le père Kruger, que tout le monde respecte, parce qu’il est vieux, aurait dû se retirer depuis dix ans. Pour se maintenir à la présidence, il dépensait de l’argent. Il faisait élire qui il voulait. Tous les employés publics étaient des Hollandais nouvellement arrivés au pays; de sorte qu’il avait ses créatures. Joubert qui était un honnête homme, a passé sa vie à le combattre.

Aujourd’hui, Anglais, Hollandais et autres disent que si Joubert avait été à la tête du peuple boer, ils n’auraient pas à déplorer la guerre, ni la perte de leur pays, et que les mines d’or qui environnent Pretoria, et qui sont aussi riches que celles de Johannesburg, seraient encore en pleine opération; ils ajoutent que les Boers à qui ces mines appartenaient seraient maintenant riches. Le père Kruger avait peur, en développant ces mines, qu’un trop grand nombre d’étrangers vînt s’établir dans le pays, de sorte que les Boers qui ont versé des sommes considérables pour obtenir le droit de miner, ont perdu leur capitaux.

La réception ducale à Québec, Le débarquement au quai du Roi, Le duc d’York distribuant des médailles aux soldats d’Afrique, 3…28 Septembre 1901.

Je suis un de ceux qui admirent les Joubert, les Botha, les de Villiers, les Dewet et tant d’autres. Mais pendant que ceux-ci étaient à défendre leur patrie sur les champs de bataille, les quelques préférés ont enlevé le trésor et la conséquence, c’est que les soldats boers n’ont pas reçu de paye. Leurs femmes et leurs enfants crèvent de faim. Ils vivent à la ration, comme nous. Les deux petits peuples boers ont bien fait leur devoir en combattant pour garder leur indépendance ; mais la tête était pourrie. Ils sont nombreux les Boers qui estiment que leur gouvernement n’était pas un gouvernement national puisqu’il était composé d’étrangers. Tous ces employés publics hollandais ont déjà demandé la permission de s’en aller, et tous les jours ils partent en aussi grand nombre que les convois peuvent en contenir, et cela à la grande satisfaction d’un grand nombre de Boers qui maintenant voient la porte ouverte pour eux; car ils ne sont pas tous ignorants, tant s’en faut.

Au moment où je termine ma lettre, j’apprends que Botha vient encore de rompre le cercle qu’on lui avait préparé depuis dix jours. C’est la troisième fois qu’il nous joue ce tour.

Vous avez aussi appris, sans doute, que Dewet avait détruit le pont sur la rivière Rhenoster, capturé nos malles et tous nos vêtements d’hiver, et qu’il en avait fait un feu de joie. A ce sujet notre ami et canadien Girouard a dit sa façon de penser au général Kitchener. Il est le seul officier qui parle au général Kitchener; tout le monde en a peur; je vous dis que c’est un catiayen, celui-là!

Nos carabiniers montés, avec le général Hutton, sont partis ce matin, pour une destination inconnue…T.-L. BOULANGER, major, t

Nous croyons devoir clore les lettres du major en mentionnant ici le nom de son fils, Georges Boulanger, jeune homme âgé de dix-neuf ans, aux avant-postes sous le général Tucker.

A la délivrance de Mafeking, il était trompette sous les ordres du major J.-A. Hudon.

C’est le cas de dire: tel père, tel fils!

 

Spañard

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