Lettres Des Soldats Canadien-Français Durant La Deuxième Guerre d’Afrique du Sud, 1899-1900.

RÉAL HUOT, un des volontaires canadiens-français en Afrique, écrit la lettre suivante à son frère: Cape-Town, 27 février.  Mon cher Alphonse, Je t’écris de ma tente, pour te donner un peu de mes nouvelles. Elles sont très bonnes. Je suis en bonne santé. Je n’ai pas été malade, et je suis résigné à mon sort. Si je meurs sur le champ de bataille, j’aurai vu beaucoup avant de mourir. Les gens ici nous voient d’un bon oeil, et font tout ce qu’ils peuvent pour nous. Us sont très polis. Je n’ai jamais tant mangé de fruits que je l’ai fait cet hiver. Mes officiers sont bons pour moi, jusqu’à présent, et les hommes aussi. Hier on nous a fait mettre dans notre poche, au cas où nous mourrions sur le champ de bataille, un papier portant le nom du parent ou de celui auquel nous voulions léguer nos biens. C’est ton nom qui se trouve sur mon feuillet, et je l’ai adressé à l’hôtel Riendeau, Montréal. Laisse ton adresse à ce dernier endroit, si tu quittes Montréal, au cas où je mourrais, et écris-moi. Il serait trop long de te donner en détail ce que je vois tous les jours, en fait de belles choses ici. Si j’ai le bonheur de revenir au Canada, j’en aurai long à te conter. C’est pour ainsi dire, un vrai cirque nouveau tous les jours. Si je retourne, j’aurai quelques souvenirs à te donner. J’attends une lettre de toi. Nous partons d’ici demain pour Kiraberley, distance de sept cents milles. Comme tu le vois, nous voilà bien partis. Tous les hommes sont aussi bien disposés que moi à mourir pour la reine.

Mon cher Alphonse, c’est un beau pays, mais il fait très chaud. Il n’est pas possible que les nègres soient blancs, et j’ai grand peur que nous ne devenions comme eux. Donne-moi des nouvelles de tous. J’aurais voulu t’écrire plus au long, mais tu comprends, mon cher Alphonse, je n’ai pas une minute à moi, et pas de place. Nous sommes les uns sur les autres. Les lettres doivent mettre un mois pour se rendre, de sorte que pour avoir une réponse à la présente, cela va prendre deux mois. Donc, ne tarde pas à me répondre.

Je suis content. Je rencontre des soldats par trois mille et quatre mille tous les jours, de toutes nationalités. C’est un joli coup d’oeil, mais je te dis qu’une guerre comme celle-là, ce n’est pas drôle. Que ça fait du tapage tout ce bagage! Je suppose que lorsque je recevrai ta réponse, nous aurons fini de nous battre. On vient d’apprendre la nouvelle que Cronje vient d’être pris avec tout son monde et ses canons. Nous avons salué cette nouvelle pendant deux heures. Je suis ton dévoué…RÉAL HUOT, Canonnier batterie E.R.C.A.

Les Soldats Huot et Gossselin au «Soleil»…Carnarvon, 6 avril 1900. — A. M. Ernest Pacaud, rédacteur du Soleil. Cher monsieur…Il y a déjà longtemps que je voulais vous écrire, mais le temps m’a manqué. Aujourd’hui, vu la grande chaleur et les mauvais chemins, nous nous sommes arrêtés de bonne heure. Nous avons perdu, ce matin, cinq chevaux. Ils sont tombés raides morts dans le chemin. Partis de Victoria West, le 13 mars, nous sommes arrivés à Carnarvon, le 17, après une longue marche à travers les montagnes. Nous avons eu ici une très belle réception. Les dames nous avaient préparé un superbe repas. Il y avait du café, du pain, du beurre et des gâteaux. Après avoir pris, un bon souper, nous avons pris un repos bien mérité. Nous sommes repartis le 21, continuant notre marche à travers des montagnes étrangères pour nous. Enfin, nous sommes arrivés à Van-Wyks-Vki, le 23, après avoir parcouru la distance de cent quarante milles, depuis Carnarvon à Van-Wyks-Vki. Toutes les maisons sont désertes, les rebelles ont chassé la population. Même quand nous sommes arrivés, les gens d’ici étaient avertis de quitter la ville dans vingt-quatre heures ou de les suivre. Une grande joie régnait dans cette ville quand nous sommes arrivés. Je crois que ces rebelles sont comme nos corbeaux au Canada: il n’y a pas moyen de les rejoindre. Le plus drôle pour nous, c’est de voir des maisons plâtrées avec des briques d’un pied carré sur à peu près huit pouces d’épais, mais faites avec de l’engrais de mouton. De plus, nous nous chauffons avec ces briques qui valent le charbon. Nous n’avons pas besoin de vous dire que le bois est rare. Nous ne voyons pas un seul arbre. Ce serait trop long de tout énumérer ici, mais nous en gardons des notes.

A Van-Wyks-Vki, nous avons eu un orage durant la nuit. Nous pensions que c’était le déluge. Nous n’avions pas de tente et il faisait très froid. Le lendemain matin nous avions tous l’air très piteux, mouillés jusqu’aux os et à moitié gelés. Aussi nos pauvres chevaux en ont eu leur part. Us ont barbotté dans la boue toute la journée. Nous nous sommes couchés sur des portes de hangar et sur tout ce que nous pouvions trouver. Nous croyions prendre un bon repos, mais la pluie nous réveilla sur les onze heures. Nous avions une toile en caoutchouc sur nous et en moins de dix minutes, nous avions une petite rivière de chaque côté de nous. Les officiers nous donnèrent alors la permission d’habiter les maisons vides, ordre qui a été exécuté avec empressement par tous les soldats. Comme les chemins étaient impraticables, nous sommes restés là jusqu’au 2 avril. Le 1er avril, un homme du nom de Bradley est mort malgré tous les bons soins de nos médecins et de nos officiers. Il venait d’Ottawa et appartenait à la batterie D, nous l’avons enterré le lendemain au pied de la montagne. Les-batteries D et E, les West Australiens, Canadian Mounted Rifles, New-Zealand, la Impérial Yeomanry et les Derby, précédés de douze trompettes ont battu la marche. Us ont tiré six rondes de cartouches blanches et ensuite les trompettes ont sonné «The last post» Nous avons mis chacun une pierre sur son tombeau. Nous avions aussi fait des couronnes avec des fleurs des champs que l’on a déposées sur sa tombe. Un des soldats de la batterie D lui a fait une superbe épitaphe en pierre. Nous nous rappellerons longtemps cette scène.

Le matin, dix minutes après notre départ, les soldats allaient aussi enterrer un de leurs morts pendant la nuit. Le 3, nous avons reçu l’ordre de partir immédiatement pour retourner ici à Carnarvon. Nous avons fait le trajet en trois jours, après une marche bien pénible. Nos voitures de transport ont souvent eu besoin de nos hommes, à peu prés tout le temps, pour les tirer, quoiqu’il y eût de huit à dix mulets par voiture. Vous pouvez juger vous-même de l’état des chemins. Nous avons échangé ici les malades. Nous avons repris ceux qui étaient mieux et laissé d’autres à leur place, parmi lesquels un de nos amis, M. Miller, ancien soldat de la batterie B , de Québec, connu parmi les amis sous le nom de Sunny Miller. Il s’est fait tordre le pied entre la roue et la garde d’un canon. Il croit pouvoir nous rejoindre dans trois semaines, mais nous avons bien peur qu’il ne le puisse pas, car la jambe est enflée.

La plupart de nos hommes ont été malades, mais ils sont assez bien maintenant. La cause en était l’eau. Nous aimerions bien à avoir une tasse d’eau qui coule dans les rues de Québec pour nous donner bonne bouche, car l’eau ici est dégoûtante et très rare. Nous partons demain pour une autre direction. On nous dit qu’il faudra marcher cent cinquante milles dans les montagnes. Nous sommes toujours prêts, car nous avons hâte de faire feu. Nous sommes en parfaite santé. EDGAR GOSSELIN, RÉAL HUOT.

Royal Canadian Regiment, at Quebec City, before leaving for South Africa War. Oct, 1899.

Réal Huot: — De Aar, 6 mai 1900. — Mon cher M. Pacaud…Je viens vous prier de me rendre un service. J’espère que vous ne me refuserez pas. Je vous envoie en même temps que la présente un mandat-poste au montant de cinq piastres pour faire chanter une messe de requiem pour le repos de l’âme de ma mère et de mon père défunts. Veuillez être assez bon de téléphoner au révérend M. Gosselin, curé de Charlesbourg, pour lui demander de chanter une grand’messe pour le repos de l’âme de feu Gaspard Huot et de son épouse, Angèle Laberge, recommandée par leur fils, Réal Huot, en guerre au Sud-africain. Pour la messe et le téléphone, cela devra vous coûter environ trois piastres. Vous garderez la balance pour votre trouble. N’oubliez donc pas d’ajouter à l’annonce que les parents et amis sont priés d’y assister. Rien de bien étrange ici si ce n’est que les régiments d’infanterie qu’il y avait ici sont partis pour les avant-postes. Quant à nous de l’artillerie, nous nous attendons à partir d’une minute à l’autre. On envoie les jeunes en avant tâter le terrain en attendant que nous, les vieux, nous allions leur envoyer des beans avec nos jolies pièces. Notre ami, René Miller, que nous avions laissé à l’hôpital de Deelfontein, nous est revenu assez bien quoique encore un peu douillet, mais il brûle cependant du désir d’être bientôt aux avant-postes et de faire le coup de feu.

Au moment où je vous écris, nous venons d’enterrer un Canadien d’Ottawa, appartenant à la batterie D, du nom de Picket. Il est mort de la fièvre entérique. Mon camarade Gosselin est en parfaite santé ainsi que les autres Canadiens-français. Nous avons un hôpital à vingt-huit milles d’ici appelé Impérial Yeomanry Hospital, où il y a au-dessus de six cents malades. La plupart sont atteints de cette fièvre dangereuse qu’on appelle fièvre entérique. Il y a beaucoup de mortalité. Nous sommes ici depuis trois semaines. Je crois qu’ils ne nous ont gardés si longtemps que parce que nous avions besoin de repos. Nous commençons à engraisser et ne demandons pas mieux qu’à aller encore de l’avant. Je vous enverrai bientôt une autre lettre et je tâcherai de vous donner des détails plus intéressants sur les mouvements du contingent. Des saluts à tous et veuillez me croire, Votre dévoué, — RÉAL HUOT, Canonnier de la batterie E.

LE SERGENT GRATTON (DU 65e BATAILLON). — La Presse a reçu la communication suivante de Bloemfontein. Cette communication est signée par les soldats suivants: E. Lamoureux, Jos. Rémy, E. Charbonneau, A. Tessier, A. Tansey, Thomas Donohue, Jos. Plamondon, F. Lescarbeau, E. Jobin, L. Vallée, W. Duhamel, L. Dolbec, L. LaRue, G. D’Orsonnens, J.Touchette et J. Tapin.

Monsieur le rédacteur…Nous, soussignés, membres de la compagnie F, des Canadiens Royaux, avons l’honneur de vous adresser cette communication, espérant que vous lui accorderez une cordiale attention. Hier soir, après être entrés dans nos tentes pour consulter les journaux de Montréal, nous avons appris la triste nouvelle de la mort du père de l’un de nos compagnons d’armes. Le coup a été rudement ressenti par nous tous et spécialement par le sergent Gratton, le fils du défunt. Pour la première fois depuis son enrôlement comme volontaire d’Afrique, nous avons vu sur sa figure les traces d’une grande peine et d’un profond désespoir. A travers tous les périls et toutes les batailles, ses bonnes dispositions ont toujours été un sujet d’encouragement pour ses camarades de section, et nous, comme membres de cette section, sous son commandement, nous pouvons dire sans crainte de contradiction qu’il n’y a pas dans les rangs des Canadiens Royaux de soldat plus brave et plus valeureux.

Sachant que vous vous êtes vivement intéressé au bien-être de chacun de nous, surtout de ceux que nous avons laissés dans le besoin au pays, nous nous unissons pour vous demander de secourir et d’aider la famille de neuf enfants laissée aux soins d’une mère âgée, avec son vaillant fils, le seul qui ait atteint l’âge d’homme et qui se dévoue, sur le sol africain pour la défense du drapeau de son pays, à 8,000 milles des siens qu’il ne peut secourir. Nous osons espérer que, la famille vous ayant montré ses besoins, vous lui prêterez une bienveillante attention, et nous, les compagnons du sergent Gratton, vous offrons nos plus sincères remerciements. Cette communication qui prouve leur esprit de corps fait honneur à nos braves. Le sergent Gratton était appelé The Iron Sergeant (le sergent de fer) par ses camarades, et voici ce qu’on rapporte de lui: Au premier coup de feu des Canadiens, on lui fit remarquer qu’il pâlissait. Aussitôt, il détrempe une poignée de terre avec l’eau de sa gourde, se barbouille le visage pour cacher sa pâleur et, maîtrisant ses nerfs, mène héroïquement ses soldats à la charge. . . .

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7839, Lce.-Caporal. Jos. F. DESJARDINS. — 65e Mount Royal Rifles. . . . L’ordre fut donné de se former en ordre de bataille; pour cela il fallait traverser la rivière Modder, qui se prolonge jusque-là. Les ponts et les bateaux étant détruits ou enlevés, il fallut entreprendre de traverser à la nage, ce qui présentait quelques difficultés, avec la carabine en bandoulière et tout notre bagage sur notre dos. Je termine, mes forces m’abandonnent. La bataille? Oh! c’était terrible! terrible! Des cris help me. . . help me, I’m wounded. Les balles pleuvaient; un bruit confus de canons, coups de carabine, charge à la baïonnette….Le sol jonché de morts et de blessés, des cris confus, désespérés. Epouvantable ! Terrible!

Ne craignez rien, je vais guérir dans peu. . . .Mais voici l’hiver. . . L’hiver, oh! quelle nostalgie s’empare de moi à ce mot magique, j’avais toujours pensé que l’hiver ne pourrait pas exister sans la neige immaculée qui couvre durant quelques mois de l’année notre beau sol canadien. Si mon coeur n’était pas si triste à la pensée de mon exil, je pourrais chanter avec transport, de concert avec notre poète canadien: «O Canada, mon pays, mes amours!» mais en ce moment, je serais plutôt porté à chanter l’air triste de la complainte du Canadien errant, qui confiait aux flots muets ses peines et ses ennuis, tandis que moi je puis, par le moyen de la malle, transmettre mes peines à des amis qui ne m’oublient pas.

Cependant, mes lettres semblent aller plus librement vers le pays que les vôtres ne viennent vers moi, car depuis un mois, pas une nouvelle canadienne! Je ne puis me mettre dans la tête que vous m’avez oubliée si longtemps, les lettres sont arrêtées quelque part, peut-être s’amusent-elles en chemin, c’est pardonnable ; elles viennent de si loin, elles méritent un repos à leur arrivée en Afrique. . . .

oldat Canadien-Français Denier Lettre, Guerre d’Afrique du Sud, 1899-1900.

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7862, Pte. EUSÈBE JOBIN. — 9e Voltigeurs de Québec — Bloemfontein, 2 5 mars 1900. —. . . . Durant le trajet, le colonel Oscar Pelletier, aussi gai que brave, nous exhortait à chanter de nos chansons canadiennes qui retrempaient notre courage et nous faisaient oublier nos fatigues. Nous traversâmes à la nage cette rivière Modder, où je faillis me noyer, ainsi que plusieurs de mes camarades. . . .Nous approchâmes des tranchées boers et nous reçûmes le commandement: «Chargez à la baïonnette» C’était un spectacle horrible. Au pétillement de la fusillade, au grondement des canons, s’ajoutaient les cris des blessés, la voix tonnante des commandants. L’air était embrasé et déchiré par les éclairs qui, partant des tranchées boers, semaient la mort dans nos rangs. Les soldats tombaient comme des épis mûrs, et j’eus le chagrin de voir plusieurs de mes amis victimes de cette sanglante journée. Cette lutte cessa vers huit heures du soir. Plusieurs blessés furent laissés sur le champ de bataille, car l’obscurité était trop grande pour pouvoir les trouver. Nous nous retirâmes un peu plus loin de cet endroit, témoin de cette lutte acharnée; ce soir-là, nous couchâmes à la belle étoile. Le lendemain, je visitai le champ de bataille; c’était un triste spectacle que de voir tous ces soldats, victimes de leur amour pour la patrie, baignant dans leur sang. . . .

2e ss Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7843, Pte. A. CHATEL. — 65e Mount Royal Rifles —. . . . Nous avons quitté Belmont pour Maple Leaf où nous sommes campés. Car maintenant, nous faisons partie de la 6e division sous le commandement de lord Methuen et nous sommes embrigadés avec les Black Watch et les Gordons. Nous avons la certitude maintenant d’aller à l’attaque de Magersfontein; mais en attendant, nous faisons toujours des tranchées et autres travaux. Cela nous embête beaucoup, car nous aimerions bien nous battre le plus tôt possible afin d’en finir au plus vite et de retourner au Canada. . . .

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7813, Pte. JEAN D’AMOUR. —9e Voltigeurs de Québec . . . . A part la chaleur qui est intense parfois et du sable qui nous aveugle, nous ne sommes pas trop mal ici. La nourriture est abondante et nos officiers, entre autres nos officiers canadiens-français sont bien bons pour nous, car ils cherchent à nous éviter toutes les petites misères qui sont l’apanage du soldat devant l’ennemi. . . .

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — LIEUTENANT. . . . Le lieutenant-colonel Lessard avait été chargé de distribuer les articles et provisions généreusement ramassés pour le confort de la troupe durant le voyage. Il fut un véritable dispensateur des biens terrestres, même en pleine mer, sachant se multiplier pour remplir sa tâche. Il s’en est acquitté dignement à la satisfaction générale. Le lieutenant-colonel Pelletier est d’une sollicitude toute particulière pour son demi-bataillon, l’aile gauche du régiment, et il ne manquera pas dans cette circonstance de faire sa marque comme excellent soldat et brillant officier. . . .

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7863, Pte. JOSEPH PAMONDON. — 9e Voltigeurs de Québec. . . . Arrivés à près de vingt verges de leurs tranchées nous fûmes reçus par une vive fusillade. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tout le monde était couché à terre et les Gordons qui étaient restés dans les tranchées ouvrirent le feu sur l’ennemi. Pendant ce temps, les Boers se cachaient et nous retournions vers nos tranchées. Le caporal Wythie, de la citadelle de Québec, qui se trouvait à mes côtés, a été tué raide avant de battre en retraite. Je l’avais poussé et il ne me répondait pas. Quand le jour fut venu, j’appris qu’il était mort. Le feu fut maintenu contre les Boers jusqu’au matin, et c’est alors qu’ils montrèrent leur pavillon blanc. Mais nous avions battu l’armée de Cronje, la plus importante capture de la guerre. Quel triste spectacle que ce lendemain d’une bataille I Des camarades qui nous suivaient la veille, gais et dipos, vingt-six manquaient à l’appel au nombre desquels se trouvait un officier et plus de quatre-vingts étaient blessés. . . .

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7849, Pte. LOUIS LÉVEILLÉ. — 65e Mount Royal Rifles. . . . J’ai failli me noyer, ayant mis le pied dans un trou profond. J’ai disparu sous l’eau et perdu presque connaissance. Mais cela n’est rien en comparaison du temps que nous avons passé sous le feu des Boers. Je t’assure qu’il ne fallait pas trop montrer la tête, car les balles tombaient dru. A certain moment, on aurait dit qu’il pleuvait du plomb et que l’air était rempli de taons, tant ça sifflait. Mais aussi, de notre côté, nous ne restions pas inactifs. Notre position était meilleure que celle de l’ennemi. Les Boers étaient bombardés de trois côtés à la fois par notre artillerie. Dans l’après-midi, nous avons eu une terrible tempête de pluie. Le tonnerre s’est aussi mis de la partie. Nous sommes restés sur le champ de bataille jusqu’à la tombée de la nuit. On nous a alors servi un biscuit et une tasse de thé; c’est tout ce que nous avons pris durant toute la journée. Nous avons couché à la belle étoile, et il faisait froid. Nous couchons comme cela depuis que nous sommes partis de Belmont. . . .

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7845 F. DONOHUE. — late 6th US Infantry. . . . Les apparences, au moment présent, ne sont pas favorables pour nous, quant à la possibilité d’un engagement avec les Boers, mais tout étant tranquille depuis si longtemps, ici, et ne nous trouvant qu’à quelques milles de l’ennemi, caché dans sa plus formidable position, nous espérons que lord Roberts ne nous oubliera pas, et que les Canadiens Royaux seront appelés à prendre leur place sur le front de bataille. . . .*C’est ce Donohue qui a composé la chanson a The Jolly Musketeers, mentionnée par Lucien LaRue.

2e SS Bn. RCRI, F Coy, Québec — Regt. No. 7859, Pte. LÉONARD DOLBEC. — 9e Voltigeurs de Québec. . . . Nous sommes toujours anxieux d’aller au feu, un peu au moins, pour avoir une idée de la guerre. Cela nous donnerait un peu de distraction, car il y a déjà six semaines que nous sommes ici. Jusqu’à présent, nous avons travaillé cinq ou six heures par jour, et le reste du temps se passe à nous reposer sous nos tentes. . . . Je t’ai envoyé des plumes d’autruche que j’ai obtenues chez un fermier des alentours. J’espère que tu les as reçues. Les autruches ici sont en quantité et aussi communes que les canards au Canada. . . .

1er Bn. Canadian Mounted Rifles, A Squadren — Regt. No. 103, Pte. ALBERT BOUCHARD. — 40e St. Marguerite St., Québec. . . . Depuis notre départ de la ville, nous avons toujours été en marche et je vous assure que nous n’avons pas toujours eu tout ce que nous aurions voulu. Pendant quarante-trois jours, nous avons manqué de pain, parce que nous étions trop éloignés des lignes de communication. Cependant, nous n’avons rien à reprocher au gouvernement anglais, il a fait son possible pour nous venir en aide. . . . Nous avons repoussé les Boers dans près de vingt engagements sur les lignes, bien qu’ils eussent de meilleures positions et une pleine connaissance du terrain. Je les crois mauvais tireurs, la plus grande partie de leurs boulets n’éclatent pas, ce qui indiquerait ignorance de leur part. Ils se font battre sur toute la ligne et sont en train de perdre une république qui vaut beaucoup d’argent, car le sol est très propre à la culture et les montagnes sont remplies de mines d’or et d’argent. Un homme qui voudrait travailler ici pourrait se faire un bel avenir en peu de temps. . . .

CHARLES H. TWEEDELL, Caporal. . . . Nous avons eu beaucoup de longues marches, de misères et de fatigues et à essuyer des combats pour nous rendre ici. Ainsi, nous nous sommes battus à maintes reprises avec les Boers. . . .Oh I mes chers amis, c’était effrayant de voir les champs de bataille par lesquels nous sommes passés. Je vous en donnerai des détails à mon retour. Les balles tombaient comme grêle, et plusieurs de nos camarades ont été blessés d’une manière épouvantable. Nous avons perdu beaucoup de monde, par le feu et par la maladie. Le climat ne nous va pas du tout. Le jour il fait excessivement chaud et les nuits sont fraîches; la rosée tombe comme une grosse gelée blanche au Canada. Sans parler des orages qui sont très fréquents. Je n’ai jamais vu tomber de la pluie comme elle tombe ici. C’est ni plus ni moins qu’un déluge. En un instant le terrain se trouve inondé, mais comme c’est un pays sablonneux l’eau se retire très vite. . . .

Des Soldats Canadien, Guerre d’Afrique du Sud, 1899-1900.

GEORGES WASHINGTON BRADLEY…Cape-Town, 30 août. — Tous les Québecquois sympathisent avec vous pour la perte de votre fils. Il était l’orgueil de notre batterie.  OGILVIE.

Réal Huot: —Vryburg, 29 août 1900. — A. M. Ernest Pacaud, écr. Cher monsieur… C’est avec une bien grande douleur que je vous écris ces quelques mots pour vous apprendre la mort de notre trompette, le jeune Georges Bradley, de Québec, et fils de l’avocat Bradley. Il est mort des fièvres, à Kimberley, lundi le 28 août. Le soldat Bradley, tout jeune encore, joli garçon, aimable, était la coqueluche de la batterie. Officiers comme soldats rencontraient Bradley toujours avec joie, car il s’était tant fait aimé par son jeune âge et ses manières polies. Sa mort cause un deuil général parmi tout le camp. Chacun se rencontre et se dit: c’est bien malheureux pour Bradley. Les plus sincères condoléances sont offertes à la famille. . . . J’oubliais de vous dire que toute la batterie a souscrit un montant assez élevé pour ériger un monument à la mémoire du jeune Bradley, dans le cimetière catholique de Kimberley. Ce sera très certainement le plus beau du cimetière. . . .

Maple Leaf Camp, Gras Pan. — JOSEPH HUDON — Orange Free State, 5 février 1900. . . . Nous avons quitté Belmont le 1er février et nous nous sommes rendus ici. Nous ne sommes plus qu’à dix-sept milles en arrière de l’armée de French et nous espérons tous que nous serons à l’avant, lors de la prochaine rencontre. J e vous enverrai tous les détails, si j’en reviens vivant. . . . Quant à combattre les Boers, je dois vous annoncer que j’ai déjà eu l’occasion de les rencontrer, et je ne demande que de les rencontrer de nouveau . . . .

Ce brave garçon qui date sa lettre de «Maple Leaf Camp,» — nom donné par les Canadiens — et qui restera en Afrique autant que leur bravoure, est ce même Hudon qui fut blessé avec Lucien LaRue, à la bataille de Modder River, le 18 février.

F.-X. LESCARBEAU. . . . Notre dernière étape fut Belmont, d’où je t’écris ces lignes. Nous sommes ici depuis une semaine. Nous sommes tous impatients d’aller de l’avant. Nous ne savons pourquoi on nous fait faire de si courtes étapes, car sans forfanterie, nous désirons tous voir l’ennemi. . . .

JOE TAPIN. — Belmont, 7 décembre 1899. . . . Nous sommes maintenant à Belmont, c’est-à-dire  en face de l’ennemi. Jour et nuit nous restons sous les armes, la carabine au poing et les munitions à portée de la main en cas d’alerte. La tâche est ardue, mais nous y résistons facilement, car nous sommes bien traités et surtout bien nourris. Nous n’avons pas à nous plaindre des officiers. Nous sommes tous impatients d’en venir aux mains et de montrer aux Boers ce que nous savons faire. Je suis sur le premier rang avec deux de mes compatriotes, Gratton et Bagot. Nous battons la marche. . . .Demande donc aux journaux de ne pas publier de ces absurdes plaintes venant de certains soldats que je ne veux pas nommer, qui refusent d’avancer et se disent malades. Dis-leur de déclarer au public que les braves du 65e ne sont pas tous comme cela. Nous avons contribué à la capture du drapeau de l’État Libre d’Orange, ainsi qu’à celle de Cronje et de ses formidables soldats. . . .

TOUCHETTE. . . . Nous avons pris part à trois batailles consécutives, après avoir fourni une très longue marche forcée. Le 18 février, nous avons fait, durant la nuit, une marche de vingt-quatre milles, et à six heures du matin, nous étions au feu. La bataille a duré jusqu’à huit heures du soir, sans interruption ; nous n’avons eu le temps ni de manger, ni de boire, durant cet épouvantable engagement. Le contingent canadien a eu vingt-quatre tués et quatre-vingt-trois blessés, à cette bataille du 18 ; le 20, nous avons pris part à un nouveau combat, qui a duré de dix heures à six heures ; cinq Canadiens ont été blessés; enfin, le 27, nouvelle bataille qui a duré toute la nuit, et au cours de laquelle quatorze Canadiens ont été tués et quarante-huit blessés. C’est à cette bataille que le général Cronje s’est rendu avec trois mille cinq cents hommes. Les vivres nous font presque complètement défaut. L’on ne nous donne qu’un biscuit par jour, de la viande rarement. . . . Vous ne pouvez vous faire une idée de l’horreur d’une bataille, comme l’une de celles auxquelles nous avons assisté. La vue d’un camarade qui tombe à nos côtés frappé mortellement d’une balle, crée des impressions de tristesse et d’épouvante qu’il est impossible de décrire. . . .

ARTHUR LAROQUE. . . . Il y a déjà une journée que nous sommes partis d’Halifax, par un gros vent et un froid de chien. Mais aujourd’hui le temps est changé et nous avons de la pluie. Un gros vent soulève la mer et il fait une tempête à laquelle nous ne sommes pas accoutumés. En général, nous sommes très malades et nous avons bien du trouble avec nos chevaux. Ces pauvres bêtes font tout leur possible pour se tenir debout mais plusieurs succombent aux secousses qu’elles éprouvent, et il nous faut, tout malades que nous sommes, essayer de les relever. Beaucoup de nos chevaux se blessent et quelques-uns se cassent les jambes. Ces derniers sont aussitôt tués d’un coup de pistolet et jetés ensuite à la mer. Quelle pénible nécessité d’avoir à en agir ainsi avec des bêtes qui nous sont si chères! . . . .

Nous n’en finirions pas si nous voulions transcrire toutes les lettres qui nous sont parvenues de tout le Canada, car on peut dire sans crainte que chaque soldat a au moins écrit une lettre, ce qui ferait une moyenne de trois mille lettres. Nous nous contenterons de mentionner seulement quelques-uns de ceux que le public des journaux connaît déjà et qu’ils ont su intéresser par leurs charmantes lettres: celles d’Auguste D’Amour, des Strathcona, bien connu du monde militaire, qui gagna au concours de Shoburnyness, en 1886, la coupe offerte par sir Richard Wallace; celles de D’Orsonnens, ancien commandant des Cadets du Mont Saint-Louis; d’Emile-Auguste Globenski, nom bien connu à Montréal; de Geo. Boulanger, dont le père, le major Boulanger, est parti d’Afrique, ayant été choisi par lord Roberts comme délégué militaire en Chine; enfin celles d’Alf. Turner, blessé, fils de l’honorable Richard Turner; celles de Cooper, Leconteur, McQueen, Joseph Lallier, du contingent postal qui a rendu tant de services; de G. Jette, Ed. Carbonneau, Louis Bonacier, Jos. Remy, et de tant d’autres, mais comme toutes ces lettres sont écrites avec le même coeur, le même sentiment et le même amour du Canada, nous nous arrêterons pour exprimer notre admiration à l’administration du service postal, dont l’organisation intelligente nous a permis de suivre pas à pas la marche glorieuse de nos braves écrite par eux-mêmes.

 

 

 

Spañard

 

 

.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s